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Mardi 13 décembre 2005
Article parus dans FRANCE CATHOLIQUE N° 2600 - DU 5 JUIN 1997

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EN MARGE DES JMJ : Réseaux anticléricaux

 

Journaliste indépendant, François David publie un pamphlet contre ce qu'il appelle les réseaux de l'anticléricalisme en France. * Ce livre a le mérite de faire la synthèse d'informations éparses, même si son ton aigre peut déplaire.

 

Depuis une dizaine d'années, les adversaires de l'Eglise ont montré, par des actions et des interventions médiatiques parfois violentes, leur détermination : le pape Jean-Paul II est l'homme public en butte aux injures les plus agressives. Faut-il pour autant crier au complot ? Assurément non. "La plus vieille internationale du monde" en a vu d'autres. En France, elle a résisté aux persécutions de la Révolution française, aux vexations de 1905, aux expulsions des congrégations.

Il ne s'agit donc pas d'analyser les réseaux de l'anticléricalisme en France au moyen de la grille sommaire du "complot" contre l'Eglise. Plutôt que par une opération concertée, avec des buts et des moyens, ces réseaux fonctionnent par l'alliance tactique (et parfois de courte durée) d'associations ou de mouvements. Et agissent par des "coups" de nature et d'importance diverses. Ce qui les unit, ce sont souvent des intérêts mutuels : l'idéologie, les intérêts catégoriels, l'opportunisme...

Et pour qu'ils se mettent efficacement en branle, il faut une actualité forte : la publication d'un document de l'Eglise (encyclique, rapport des évêques de France sur un sujet sensible) ou un voyage du pape, par exemple en France en 1995 et 1997. Pourquoi ? Parce qu'à ce moment-là, l'Eglise fait la une des médias.

Qu'est-ce qu'un réseau ? Le dictionnaire répond que c'est l'association de personnes morales ou physiques qui sont en liaison, souvent de manière clandestine, en vue d'une action collective.

En d'autres termes, un réseau est l'alliance plus ou moins fortuite et objective de personnes ou d'associations, dans un but précis qui peut être ponctuel. Qu'en est-il des réseaux de l'anticléricalisme, formés pour s'opposer à la présence de l'Eglise catholique dans la société française. Que l'ancien prieur de l'abbaye de Boquen, Bernard Besrest, tienne des propos qui vont dans le même sens que ceux du rédacteur en chef de Charlie hebdo relève probablement d'un hasard. Que Christian Terras, directeur de Golias soit au conseil d'administration du Réseau Voltaire est moins inattendu. Mais chacun de ces personnages apporte sa contribution à l'existence et au fonctionnement d'un mouvement dont l'objet est la lutte contre l'Eglise catholique.

La tactique d'un réseau est souvent simple : se mobiliser, revendiquer le soutien et le ralliement de plusieurs associations (certains militants font partie d'un syndicat, d'un parti politique et de deux ou trois associations) et laisser croire à l'émergence d'une puissante vague de fond. Dès lors, les indignations du réseau, ses interpellations, ses questions peuvent devenir des débats nationaux, des "affaires". C'est le principe du lobbying. Ces réseaux regroupent peu de personnes mais ils ont pour objet d'être un groupe de pression.

Le fer de lance des réseaux de l'anticléricalisme, le Réseau Voltaire, décrit ainsi sa propre organisation : "Ce groupement, déclaré en association loi de 1901, ne fonctionne ni en fédération, ni en collectif mais en réseau. Chaque membre adresse à un "nud" central les informations dont il dispose sur les organisations de la droite extrême et sur les atteintes à la liberté d'expression. L'information est vérifiée et développée, puis transmise sous forme de dépêches hebdomadaires aux autres membres. Chacun peut alors conduire ses propres actions en connaissance de cause selon sa propre logique et ses moyens. [...] Ainsi des groupes très divers peuvent participer chacun avec ses propres exigences tactiques, à une stratégie commune."

Ce qui compte pour les réseaux, ce ne sont pas les succès de foule mais les fruits de leur influence : les manifestations du 22 septembre 1996 à la République pour protester contre la venue du pape Jean-Paul II n'ont pas rencontré le succès populaire escompté : 5.000 personnes, un "bide" comparé aux 250.000 pèlerins de la seule messe à Reims. En revanche ce sont leurs problématiques, pourtant sommaires et souvent erronées, qui furent au coeur des débats publics qui agitèrent la société française pendant le premier semestre de 1996 : religion contre laïcité, Eglise catholique contre République. Ces thèses, d'abord exprimées dans des journaux militants confidentiels apparurent quelques mois plus tard dans la presse nationale, écrite ou audiovisuelle. (1) La commémoration du XVe centenaire du baptême du roi franc Clovis fut qualifiée d'affaire Clovis par les anticléricaux, furieux de l'intérêt porté par l'Etat à cet événement. L'expression fut adoptée par de nombreux médias, accréditant la thèse qu'il y avait effectivement une "affaire", une polémique. Voire une malversation. Alors que celles-ci n'existaient que dans leurs esprits.

Succès donc. C'est pourquoi l'important dispositif mis en place courant 1996 par les adversaires du pape Jean-Paul II est toujours opérationnel pour s'opposer à sa venue à l'occasion des XIIe Journées Mondiales de la Jeunesse. Celles-ci se tiendront à Paris du 18 au 24 août prochain. Il est trop tôt pour savoir quelles formes elles prendront en août mais déjà diverses actions ont eu lieu.

Sur le site Internet d'un particulier, on pouvait lire en mars 1997 : "Espérons que les futures actions laïques (en particulier en août 1997, contre la prise en charge par les pouvoirs publics de l'organisation des Journées Mondiales de la Jeunesse catholique) seront véritablement unitaires."

Dès le début de l'année, le Réseau Voltaire a lancé l'offensive en dénonçant le couturier Jean-Charles de Castelbajac "adepte des groupes de prière charismatiques" coupable de créer une "ligne d'habits liturgiques" pour le Pape, les évêques et les prêtres à l'occasion de ces Journées.

Et déjà toutes les consciences de l'intégrisme laïc de s'indigner du fait que l'Etat ouvre ses locaux (casernes, écoles) pour accueillir quelques-uns des 400.000 jeunes attendus à Paris. Le Canard enchaîné fait mine de s'indigner de la nomination par le premier ministre Alain Juppé, le 6 novembre 1996, du général Philippe Morillon, ancien commandant de la FORPRONU en Bosnie, à la tête de la coordination interministérielle des XIIe Journées Mondiales de la jeunesse. "Il s'agit essentiellement de s'assurer en harcelant mairies, conseils généraux et régionaux d'un hébergement peut-être de fortune (internats, gymnases, salles des fêtes, etc. pour les 350.000 (pieux) jeunes et adultes de 18 à 35 ans attendus de tout coin de la planète. De superviser aussi le déploiement des forces de l'ordre à l'occasion des diverses sauteries (messe de Lustiger au Champ-de-Mars, messe de Jean-Paul II à l'hippodrome de Longchamp, etc. On a échappé à la grand messe prévue à la Concorde." (2)

Cette opposition était prévue de longue date. Dès février 1996, l'association Initiative Républicaine avait saisi la préfecture de police pour s'opposer au projet d'une célébration eucharistique par le Pape place de la Concorde. Au nom de l'article 28 de la loi de 1905 : "Il est interdit d'élever ou d'apposer quelque signe religieux que ce soit sur les monuments publics ou en quel emplacement public que ce soit." Et en octobre 1996, le sénateur socialiste de l'Essonne, Jean-Luc Mélenchon, adressait une série de questions au gouvernement sur l'implication de différents ministères dans l'organisation des Journées Mondiales.

Cette année, la tactique est la même. D'abord le combat sémantique : le Réseau Voltaire qualifie la collaboration entre la puissance publique et l'Eglise de "détournement des infrastructures municipales et régionales" (3) Et le contrat d'assurance à l'étude entre le groupe AXA et l'Eglise d'abus de bien social. (3)

Ensuite la contestation historique. En 1996, on opposait au baptême de Clovis la date de Valmy. Cette année, le mouvement La Libre Pensée conteste les Journées Mondiales au nom d'une autre date de l'histoire de France : "La grande messe papiste coïncidera avec le 425e anniversaire de la Saint-Barthélémy qui vit plus de 3000 protestants massacrés (...) Choisir la date de la Saint-Barthélemy pour réfléchir sur ces thèmes (Quelle place du spirituel dans nos sociétés ? Comment concevoir l'cuménisme et le dialogue interreligieux ?) est une provocation délibérée qui signifie que l'Eglise catholique n'entend en rien renier son passé criminel et totalitaire mais tout au contraire, continuer sur la voie tracée par des siècles d'oppression et d'obscurantisme."

Et, en mars, elle annonçait la tenue d'un meeting international pour la Laïcité le 24 août à Paris, organisé par l'Union mondiale des libres penseurs (présidée par le leader de La Libre Pensée, Christian Eyschen) et le Centre d'action européenne démocratique et laïque (CAEDEL) devenu le mouvement Europe et laïcité, présidé par Etienne Pion.

Le ton est donné : en soulevant l'objection de la laïcité, en réduisant ces Journées à un événement privé où l'Etat n'est en rien concerné, en créant de toute pièce une fausse polémique autour du funeste anniversaire de la Saint-Barthélemy, les réseaux anticléricaux révèlent au grand jour leur dessein : il s'agit de contester à l'Eglise le droit de parler. Et en l'occurrence de parler aux jeunes, de leur tenir un discours où il serait davantage question d'optimisme que de banlieue ou de prévention contre le Sida, d'amour que de haine. Où les jeunes ne se trouveraient pas enfermés dans les schémas où les adultes les enferment par "le jeunisme". Non pas que les angoisses de la jeunesse ne soient pas réelles. Non pas que ces schémas ne soient pas justes. Mais l'Eglise catholique a pour mission de les dépasser au nom d'une espérance dont elle est dépositaire. Ses opposants disent d'un "obscurantisme" contre lequel ils prétendent lutter.

 

François DAVID

 

* François David, Les réseaux de l'anticléricalisme en France, Ed. Bartillat,en librairies à partir du 19 juin 1997, prix : 105 F.

(1) Ces associations accréditent l'idée qu'elles sont spécialistes des sujets qu'elles traitent. C'est pour cette raison que les journalistes reprennent des informations que, faute de temps et de connaissances précises, ils sont souvent dans l'impossibilité de vérifier.

(2) Canard enchaîné, 22 janv. 1997.

(3) Note du Réseau Voltaire, n°112, du 1er au 6 avril 1997.

(4) La Raison, janvier 1997.

Par Les PapaRatzi_Boys &:Girls - Publié dans : Notre Saint Père Benoît VXI
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